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Saint-Leu et la rivière Oise

L’Oise fait partie intégrante de Saint-Leu d’Esserent qui lui doit sa structure, son cadre, ses paysages. Le lit de la rivière occupe un tiers du territoire au sud de la commune située le long de la rive droite.

Jusqu’au XIXe siècle ce fut une zone de pâturages, de garennes et de bois humides susceptibles d’être inondée. La présence du pont va amener un axe routier Nord/Paris à passer par Saint-Leu où il croise l’axe Est/Ouest le long de la rivière. Le bourg construit sur le flanc de la colline commencera à s’étendre dans la vallée en direction du pont (Hôtel Dieu) et face au port.

L’Oise, rivière qui a creusé l’essentiel de son lit dans le plateau Picard, descend en pente douce vers la Seine. C’est une rivière tranquille, sans accidents naturels, sous un climat océanique, qui présente des variations de niveaux provoquant très rarement des problèmes majeurs. Ceci explique que la navigation se pratique depuis des temps très anciens et que les activités tout au long de son cours ont tissé un lien économique et humain avec le Nord de la France, l’Angleterre et le bassin de la Seine.

L’affluent le Thérain se jette dans l’Oise  en limite du territoire de Saint-Leu près d’un affleurement de roche formant un gué au lieu-dit « passe à cheval » (écluse de Creil/Saint-Leu).

 

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Nous avons là le croisement de deux routes : est/ouest : route de l’étain venant d’Angleterre et se dirigeant vers le monde méditerranéen et nord/sud : route des invasions et lien entre le nord de l’Europe et le bassin parisien. Depuis la Haute Antiquité ces routes sont des zones d’échanges économiques et humains, des zones de brassages de populations et des zones d’invasions. L’importance de ce croisement de routes amènera les Gaulois à fortifier la zone : les oppidums de Montataire, de Verneuil, de Canneville, du Camp de César, de Saint-Leu, sont  à l’origine de la création des lieux de vie que nous connaissons.

Les gallo-romains vont exploiter cette situation. Ils créent le grand port de « Litanobriga » construit de chaque côté de l’actuelle écluse de Creil/Saint-Leu. C’est un lieu de commerce important, mais surtout il exporte la pierre des carrières alentour. Le musée parisien de Cluny conserve « le pilier des Nautes » sculpté dans la pierre de Saint-Leu à cette époque.

Les travaux de l’EDF des années 1950 ont permis de mettre au jour un village de tailleurs de pierres datant de la fin du IVe siècle. Il se situait sur le flanc de la colline  au-dessus du Petit-Thérain. On suppose qu’il dépendait d’un faubourg de Litanobriga. C’est là que l’on a trouvé les sarcophages déposés dans l’église de Saint-Leu et la pierre qui barre l’arcade du XIIe siècle du parvis.

Les fouilles des anciens sites gallo-romains révèlent toutes qu’à la même époque les activités se sont brutalement arrêtées. Rien n’a encore permis de trouver pourquoi le trésor de Litanobriga a été abandonné sur le quai (actuellement détenu par le Musée Gallé-Juillet de Creil).

Cluny s’installe à Saint-Leu au XIIe siècle à cause de la situation géographique et de la richesse des terres, mais aussi de la présence de la rivière Oise qui restera la ressource essentielle du revenu des moines quand les dons deviendront plus rares.

La Charte accorde aux moines les droits de commercer sur l’Oise entre Verneuil et Pontoise ainsi que de toucher les péages du pont de Saint-Leu. Ce sera la période faste du port de Saint-Leu. Le commerce du XIIe siècle est florissant ; nous sommes en pleine construction des églises et la réfection des châteaux-forts qui demandent une grande production de pierres transportées sur l’Oise par des besognes. Les moines faisaient venir  de la forêt d’Halatte par l’Oise les bois nécessaires à la construction de l’église. La corporation de la batellerie prend une grande importance. Elle aura sa chapelle Saint Nicolas dans l’église avec de nombreux ex-voto.

Les activités favorisent la présence des artisans et le commerce local. Saint-Leu était alors considéré comme une cité riche et importante ce qui explique les nombreux pillages.

La gare d’eau, qui servait encore de point de ralliement pour la batellerie pendant la dernière guerre, l’épicerie-buvette Lesueur au pied du pont, l’hôtel du Cheval Rouge (voisin de l’actuel hôtel de l’Oise) étaient des témoins de ces organisations au Moyen-Age.

Au XVIe siècle, à l’époque d’Anne de Montmorency, les ardoises et les pavés nécessaires à la construction et à l’aménagement du château de Chantilly transitaient par le port de Saint-Leu. Il en était de même pour les vins de qualité servis à la table du Connétable ainsi que des poissons.

Au cours des siècles les métiers de l’eau ont joué un rôle dans le brassage de la population de Saint-Leu. De nombreuses familles ont dans leurs ancêtres des bateliers qui se sont mariés à Saint-Leu ou s’y sont installés après la cessation de leur activité.

L’Oise doit son importance au fait qu’elle est la seule voie navigable mettant en relation la Belgique et le Nord de la France avec Paris. Déjà chemin fluvial de première ordre au Moyen-Age, elle a vraiment pris son essor à partir du XIXe siècle, et devint l’une des voies de navigation les plus intenses de France. La présence de l’Oise à Saint-Leu permet d’espérer pouvoir lui redonner son importance d’autrefois en créant des aménagements pour développer l’activité et le tourisme fluvial.

Annette METZLER pour Héritage Lupovicien